Le tram, plus qu'un vestige du passé, est un pilier de la mobilité de Genève. Il offre une alternative aux autres modes de transport, renforce les liens entre habitants et transforme l'espace public pourtant il suscite toujours des débats.
Entre la fin du 19e siècle et 1950, le tram a structuré l’espace urbain genevois. Il a failli disparaître avant de retrouver ses lettres de noblesse vers 1990. Il occupe désormais une place importante dans les stratégies de mobilité durable du canton. Son intégration et son impact sur le tissu urbain genevois continuent de susciter des débats. L’Afterwork de la mobilité du 28 février: « Comment le tram a mis Genève sur les rails d’une autre mobilité », a exploré ces tensions entre héritage historique, innovation urbaine et défis futurs.
L’événement a mis en lumière la richesse historique et les enjeux actuels entourant le tram. Bien que son retour en force soit salué, le tramway fait face à des défis liés à sa capacité d’adaptation dans une ville en constante évolution. Sa réintroduction et expansion ne se limitent pas à une simple restauration du passé, mais impliquent une réflexion profonde sur son rôle futur dans une mobilité urbaine plus intégrée et durable. Les trois intervenants ont esquissé plusieurs perspectives pour son avenir.
Ludovic Maugué, historien et co-auteur du livre La Mobilité au cœur du patrimoine avec Moreno Berva, a rappelé que Genève possède la plus vieille ligne de tram encore en activité, la ligne 12, datant de 1876. Il a souligné que, bien que le réseau ait connu un âge d’or au début du XXe siècle, il a ensuite été presque entièrement démantelé au profit de la voiture. Ce démantèlement a été influencé par des choix politiques et économiques, notamment le rôle prédominant des entreprises privées dans la gestion du réseau, contrairement à d’autres villes suisses où les autorités publiques ont soutenu les transports en commun.
Sylvain Ferretti, directeur général de l’Office de l’Urbanisme, a expliqué comment le tramway contribue à reconfigurer l’espace urbain. Il a illustré cela avec le projet de la ligne entre la place des Nations et Ferney-Voltaire, où une approche interdisciplinaire a permis d’intégrer le tramway dans le paysage urbain en fermant à la circulation automobile une portion de la route de Ferney. Ce projet incarne une nouvelle manière de penser l’espace public, où le tramway devient un élément structurant, favorisant une cohabitation plus harmonieuse avec les autres modes de transport et préservant le patrimoine naturel et architectural.
Pour Vincent Kaufmann, professeur de sociologie urbaine et d’analyse des mobilités à l’EPFL, l’impact du tramway sur les mentalités et les habitudes des Genevois a été prépondérant. Il a partagé une anecdote marquante sur l’attachement des habitants à ce mode de transport, en évoquant l’enterrement symbolique de la ligne 1 en 1969, un événement qui a marqué un tournant dans la perception publique du tram. Aujourd’hui, bien que le Léman Express soit devenu un nouveau symbole de la mobilité régionale, le tramway conserve une place centrale dans l’identité genevoise et continue d’évoluer pour répondre aux besoins croissants de la population.
Le tramway, loin d’être un simple vestige du passé, se réinvente continuellement pour s’adapter aux nouvelles réalités urbaines. Il demeure un pilier essentiel de la mobilité à Genève, offrant une alternative durable et intégrée aux autres modes de transport, tout en contribuant à la transformation de l’espace public et au renforcement du lien entre les habitants et leur ville.
