La mobilité est façonnée par les rôles sociaux, les rythmes de vie et le sentiment de sécurité. Le huitième afterwork, Femmes en mouvement pour une mobilité durable, a exploré les inégalités de genre et identifié des leviers concrets pour rendre la mobilité plus inclusive, durable et égalitaire.
Selon le genre, la mobilité ne se vit pas de la même manière. Sentiment d’insécurité, rythmes quotidiens, trajets professionnels ou charges domestiques : les pratiques de déplacement restent profondément genrées. Loin d’être anecdotiques, ces différences révèlent des inégalités structurelles qui traversent l’ensemble de la société.
Réunies le 9 décembre 2025 à l’Athénée, chercheuses, ingénieures et actrices de terrain ont croisé leurs regards pour analyser les mécanismes à l’œuvre et identifier des leviers d’action. Une conviction a largement émergé des échanges : penser la mobilité sans intégrer la dimension de genre revient à concevoir des systèmes partiels, inadaptés à une large part des usages réels.

Après la présentation de quelques actualités de la Fondation Modus, un montage issu des cinq courts métrages Femmes et Mobilité a été projeté, complété d’un échange avec les protagonistes. En ouverture de la table ronde qui a suivi, Pauline Hosotte, ingénieure en mobilité et docteure en sociologie urbaine, a rappelé que les femmes effectuent en moyenne des déplacements plus courts, plus fragmentés et plus contraints. Elles assurent majoritairement les mobilités liées au care (accompagnement des enfants, courses, soins aux proches) qui impliquent une forte complexité organisationnelle.

Ces pratiques sont le produit de normes sociales, de trajectoires professionnelles genrées et d’une répartition inégale du travail domestique. Anne-Céline Machet a souligné combien les inégalités de rémunération, de temps disponible et de reconnaissance sociale se traduisent directement en renoncements de mobilité, limitant l’accès à certains emplois, services ou espaces urbains. De leur côté, les politiques publiques continuent souvent de penser la mobilité à partir d’un usager « standard », centré sur le trajet pendulaire domicile-travail. Comme l’a relevé Françoise Lanci Montant, cette approche invisibilise les mobilités féminines, fondées sur des enchaînements de trajets courts et des usages de proximité pourtant essentiels au quotidien.

La question du sentiment d’insécurité est apparue comme un verrou central du transfert modal. Les recherches de Chloé Montavon montrent que l’espace public nocturne agit comme un amplificateur des inégalités de genre. Éclairage insuffisant, faible fréquentation ou ruptures dans les cheminements modifient profondément les pratiques de déplacement. La nuit, la marche et le vélo, perçus comme sûrs en journée, deviennent pour de nombreuses femmes des modes à éviter, au profit de stratégies d’évitement ou d’un recours accru à la voiture, perçue comme protectrice.
Une intervention vidéo de Claire Pelgrims, chercheuse spécialisée sur le vélo et les inégalités de genre, a mis en évidence que la moindre pratique cyclable des femmes s’explique principalement par un sentiment de sécurité plus faible et par des rôles sociaux encore très genrés. Elle a toutefois rappelé que le vélo constitue, pour celles qui le pratiquent, un puissant vecteur d’émancipation, à condition d’agir à la fois sur les infrastructures, les équipements et les imaginaires.

Les échanges ont également interrogé le rôle des infrastructures et des métiers de la mobilité. La sous-représentation des femmes dans les postes techniques et décisionnels contribue à perpétuer des angles morts dans la conception des politiques publiques, derrière une neutralité de façade qui masque des choix historiquement orientés vers des usages masculins.

Enfin, deux solutions concrètes ont été présentées. Domenica Valverde Cherrez et Alexia de Rougemont ont proposé un dispositif d’accompagnement destiné à aider des femmes à reprendre confiance à vélo. Prisca Vythelingum a quant à elle exposé une démarche de médiation réunissant l’ensemble des usager·ère·s de la mobilité dans un cadre neutre, afin de favoriser l’écoute mutuelle et de co-construire des recommandations pour une cohabitation plus apaisée et inclusive.


