Embouteillages chroniques, salariés coincés dans leur voiture et entreprises pénalisées : Genève ne peut plus se contenter d’attendre que la circulation s’améliore d’elle-même. La mobilité professionnelle, qui génère près d’un quart des déplacements, est désormais un levier majeur de transformation. Lors de son sixième afterwork, la Fondation Modus a réuni experts et praticiens pour montrer qu’entre stationnement réinventé, incitations ciblées et solutions partagées, il existe déjà des pistes concrètes pour sortir du statu quo.
Face aux 91 heures perdues chaque année dans les bouchons genevois, la question n’est plus de savoir si la mobilité des entreprises doit changer, mais comment. Le 25 juin 2025, à la Fédération des Entreprises Romandes, la Fondation Modus a réuni, pour son sixième afterwork, cinq expert·es et plusieurs porteurs de solutions pour imaginer des alternatives concrètes. L’événement a démontré qu’entre contraintes réglementaires, attentes des collaborateur·ices et urgence climatique, le statu quo n’était plus une option.
Genève est championne suisse de la congestion : 22 % des déplacements sont liés au travail, un facteur qui pèse sur l’efficacité des entreprises, leur attractivité et leur empreinte carbone. Pour les intervenants, la mobilité professionnelle est donc un levier majeur de transformation, à condition de l’aborder avec méthode.


Nathanaël Deriaz, responsable du plan de mobilité chez Rolex, a montré comment une entreprise peut transformer ses pratiques en agissant sur le cœur du problème : le stationnement. En instaurant en 2022 un parking payant et en réduisant l’offre de places, Rolex a rééquilibré ses incitations. Résultat : la part de collaborateur·ices utilisant les transports publics ou la mobilité douce est passée de 20 % à près de 50 % en trois ans. Des subventions pour les vélos et abonnements de transport public a été le moteur de ce changement. Cette réalité a été chiffrée par l’enquête Modus, publiée en juin 2025, qui montre que 47 % des actifs du Grand Genève disposent d’une place de stationnement sur leur lieu de travail, un taux qui grimpe à 70 % lorsque l’activité se situe dans une zone périphérique. En revanche, la prise en charge complète d’un abonnement de transport public ne concerne que 8 % des actifs.

Sandra Brazzini, directrice de la Centrale Mobilité, a elle insisté sur la spécificité des zones industrielles, où se concentrent horaires décalés, flux de marchandises et forte proportion de frontaliers. Si les aménagements récents (tram, Léman Express, pistes cyclables) améliorent leur accessibilité, les habitudes demeurent difficiles à transformer. Selon elle, la clé réside dans la gestion du stationnement, mais aussi dans l’expérimentation : tester un vélo électrique ou une solution de covoiturage suffit souvent à lever les résistances. Les plans de mobilité inter-entreprises, en mutualisant navettes, parkings et communication, représentent une piste efficace pour soutenir les PME.
Pour Franco Tufo, fondateur du bureau Citec, la mobilité des entreprises doit se penser comme une gestion de la demande plus que de l’offre. Dans un territoire saturé, multiplier les infrastructures ne suffit pas. Il s’agit plutôt d’étaler les déplacements dans le temps et l’espace, de hiérarchiser les usages et d’encourager la multimodalité. Données massives et modélisations servent ici d’outils pour cibler les interventions, mais l’enjeu est aussi culturel : sortir du réflexe « voiture par défaut » en offrant des alternatives attractives.

Enfin, Erik Simonin, responsable mobilité à la FER Genève, a livré la perspective patronale : artisans, commerçants et entreprises de livraison subissent de plein fouet la congestion, aggravée par les chantiers et la réduction des capacités routières. Sans hiérarchisation claire de l’espace public, le risque est de freiner l’activité économique. Il a plaidé pour une concertation renforcée en amont des projets et pour la priorisation des usages professionnels essentiels.

Au-delà des constats, l’afterwork a également mis en avant des solutions concrètes déjà disponibles. Il y a eu le Toolkit mobilité de la Fondation Modus, un outil pratique pour accompagner les entreprises dans leurs plans de mobilité, les flottes de vélos d’entreprise proposées par Genèveroule, les navettes sur mesure de BusforFun, le coaching vélo en entreprise de Genevavélo et une initiative inspirante Chaque pas compte de Handicap International.
La mobilité des entreprises ne se réinvente pas par décret, mais par une combinaison de mesures adaptées allant du stationnement repensé, incitations financières, mutualisation des ressources, intermodalité et implication des RH.


