Alors que la sédentarité explose et attaque la santé physique et mentale, la mobilité active apparaît comme une réponse simple et accessible. Lors de son cinquième afterwork, la Fondation Modus a exploré ce lien fécond entre mobilité et santé.
Trois heures de vélo par semaine peuvent réduire le risque de mortalité de 40 %. Partant de ce constat, la Fondation Modus a réuni cinq spécialistes à l’occasion de son cinquième afterwork, intitulé Mobilité active : un remède pour le corps, l’esprit et la société. La rencontre s’est tenue le 6 mars à la Maison de l’Enfance et de l’Adolescence – un lieu hautement symbolique, quand on sait que le nombre d’enfants et d’adolescent·es obèses (âgés de 5 à 24 ans) a plus que doublé entre 1990 et 2021, passant de 198 à 493 millions.

Vélos sous ordonnance
En cause un manque d’activité chronique. Rien qu’en Suisse, près de 20 % de la population reste assise plus de 8,5 heures par jour. Un chiffre alarmant, surtout lorsqu’on sait que cette inactivité contribue largement au développement de maladies chroniques telles que le diabète, les cancers ou les troubles cardiovasculaires. Pour Patrick Saudan, professeur associé à la Faculté de médecine et président de la Fondation Modus, le diagnostic est sans appel : notre mode de vie va à l’encontre de notre biologie. « L’humain est fait pour bouger. Marcher, pédaler, transpirer même. » Et la solution ? Intégrer l’activité physique au quotidien, en commençant par les déplacements. S’il est un outil puissant de prévention, le vélo reste trop peu prescrit. Le rôle du corps médical évolue pourtant : certains médecins prescrivent désormais de l’activité physique, en lien avec des physiothérapeutes qui accompagnent les patients à reprendre confiance – parfois jusqu’à les remettre en selle.

La peur de pédaler, un frein bien réel
Pour Louise Trottet, médecin et députée, membre du bureau de Pro Vélo, la sécurité est un prérequis. « Ce n’est pas le vélo qui fait peur, c’est la proximité avec les voitures. » Des aménagements continus, séparés, larges et lisibles sont indispensables. Elle plaide pour une approche systémique, à l’échelle du canton, qui évite les points noirs et favorise la continuité du réseau cyclable. Car plus il y a de cyclistes, plus chacun se sent en sécurité. La peur diminue avec la masse.
Marche, la solution est sous nos pieds
Jenny Leuba, cheffe de projet chez Mobilité piétonne Suisse et membre du Conseil scientifique de la Fondation Modus, l’affirme : la marche est un superpouvoir largement sous-estimé. Elle améliore la santé physique, renforce le bien-être mental et crée du lien social. Mais pour qu’elle devienne un vrai choix, il faut une ville pensée pour elle : cheminements sûrs, continus, agréables. « Tant qu’on se contente de trottoirs étroits et mal entretenus, on condamne la marche à rester un mode par défaut. » Il faut inverser la logique : faire de la marche le cœur de la mobilité urbaine, avec les moyens, les expertises et l’ambition qui vont avec.

Bouger, c’est penser plus clairement
Andrea Pereira, docteure en psychologie sociale et directrice de Minds, a rappelé à quel point l’activité physique est bénéfique pour la santé mentale. Moins de stress, moins d’anxiété, meilleure estime de soi, prévention du burnout… Et tout cela sans effets secondaires. « Même cinq minutes de marche font une différence. » Elle souligne aussi le rôle des petits gestes : descendre un arrêt plus tôt, aller au travail à vélo une fois par semaine, fixer des objectifs progressifs. Et surtout, ne pas transformer ces injonctions à bouger en pressions paralysantes. L’important est de commencer, pas d’être parfait.

Et si tout commençait par l’enfance ?
Pour Bengt Kayser, professeur honoraire à l’Université de Lausanne et membre du Conseil scientifique de la Fondation Modus, l’activité physique des enfants est le socle de celle des adultes. Or, la chute d’activité à l’adolescence, surtout chez les filles, est préoccupante. Il faut agir tôt : offrir des espaces verts, des trajets sûrs, des clubs sportifs accessibles et surtout… montrer l’exemple. Car un parent actif augmente fortement les chances qu’un enfant le soit aussi. L’école, elle aussi, peut jouer un rôle clé, notamment en favorisant les déplacements actifs – à condition de garantir leur sécurité.
Les intervenant·es en sont convaincu·es : la mobilité active n’est pas qu’une affaire de santé individuelle. C’est un levier pour transformer nos villes, nos liens sociaux, notre rapport au temps. C’est aussi un antidote à l’anxiété urbaine, à la pollution et à l’isolement. Encore faut-il repenser nos priorités, libérer de l’espace et oser des choix politiques ambitieux. Comme le résume Patrick Saudan : « On ne fait pas du vélo pour ajouter des années à la vie. On fait du vélo pour ajouter de la vie aux années. »


