Face à la croissance fulgurante du commerce en ligne et des livraisons en ville, spécialistes et acteurs de la logistique s’unissent pour repenser le transport des marchandises. Entre hubs stratégiques, vélos-cargos et technologies émergentes, l'afterwork du 3 décembre a dessiné les contours d’une transformation indispensable pour Genève.
Le transport de marchandises représente une part significative des émissions de gaz à effet de serre en Suisse, atteignant 6 % du total en 2022. Ce chiffre, déjà préoccupant, pourrait exploser avec une hausse prévue de 39 % du commerce en ligne d'ici 2030. Selon le World Economic Forum, le nombre de véhicules de livraison pourrait bondir de 61 % sur la même période, générant 54 % des émissions du secteur des transports. Une transformation s’impose donc pour éviter congestion et pollution dans nos centres-villes. Lors de l’afterwork de la mobilité du 3 décembre 2024, organisé dans les murs de l'enseigne genevoise HOTPOINT, quatre experts de la logistique urbaine ont partagé des solutions innovantes pour relever ce défi.
Co-fondateur d’OVO Logistique Urbaine, Olivier Starkenman a plaidé pour la multiplication des zones de transbordement, qu’il s’agisse de micro-hubs ou de nano-hubs. Ces infrastructures, déjà testées avec succès à Paris et Bruxelles, utilisent des parkings souterrains ou des espaces périphériques pour désengorger les centres-villes. Les camions y déchargent leur marchandise passant le relais à des véhicules électriques ou vélos-cargos, mieux adaptés à la densité. Les transporteurs « traditionnels » économisent du temps et des ressources. Cependant, il a souligné la nécessité de localisations stratégiques, d’un soutien public actif et d’une gestion mutualisée de ces espaces afin de répondre aux besoins variés des acteurs logistiques.


Fabien Cordeiro, co-fondateur de Cycloo, a présenté une approche complémentaire en se spécialisant dans la collecte de déchets à vélo, notamment dans les zones piétonnes ou les parcs difficiles d’accès. Bien qu’il ait reconnu les limites des vélos-cargos pour des volumes importants, il a mis en avant leur efficacité pour des opérations ciblées. Il a également appelé à une adaptation des appels d’offres publics, avec des lots plus petits et spécifiques, pour permettre aux petites entreprises d’y participer et de contribuer à des projets complémentaires.
Président de l’ASTAG Genève, Andrea Genecand a souligné l’atout stratégique de la gare de la Praille, qui facilite un transbordement rapide à proximité du centre-ville. Pourtant, cette infrastructure reste sous-utilisée, avec seulement 30 % des marchandises nationales transitant par le rail. Ce faible taux s’explique par un manque d’incitations financières, des contraintes logistiques et une connectivité insuffisante avec d’autres modes de transport. Il a plaidé pour des partenariats public-privé renforcés et une intermodalité accrue pour maximiser son potentiel. Tout en reconnaissant que les camions restent indispensables pour 70 % des flux, il a insisté sur leur électrification comme étape clé pour atteindre les objectifs climatiques.

Nicolas Borzykowski, de l’Office cantonal des transports, a mis en avant une approche structurelle et prospective. Il a insisté sur le rôle des technologies émergentes, comme les véhicules autonomes pour les trajets entre dépôts et les plateformes de gestion de données en temps réel pour optimiser les tournées. Il a également proposé des incitatifs financiers pour les PME souhaitant adopter des vélos-cargos, ainsi que des bornes de recharge rapide pour les véhicules électriques et des espaces logistiques intégrés aux nouveaux projets urbains. Cependant, il a averti que le manque d’espace reste un frein majeur, soulignant l’importance d’une planification urbaine anticipative.

Les intervenants ont convergé sur un point : la décarbonation de la logistique urbaine exige une vision globale et des actions coordonnées. À Paris, des collaborations entre collectivités, transporteurs et startups ont réduit les flux de camions en centre-ville de 20 %. Camions électriques pour les charges lourdes, hubs logistiques pour la multimodalité, vélos-cargos pour les niches stratégiques, incitatifs publics et urbanisme intelligent : autant de pistes prometteuses pour une logistique urbaine décarbonée adaptée aux spécificités genevoises.



